Consommer responsable ?
En dehors de toute considération religieuse, le syndicalisme FO étant laïc et républicain, il nous faut réaffirmer notre attachement au repos dominical.
Selon la loi qui, pour l’instant, est encore en vigueur, l’ouverture des magasins le dimanche est interdite, sauf dérogation exceptionnelle. En effet, certains magasins sont autorisés à ouvrir quelques dimanches dans l’année sur autorisation préfectorale.
Cependant, de nombreux commerces ne respectent pas la loi et espèrent inciter les autorités compétentes à multiplier les dérogations, comme le fait un certain centre commercial, situé dans les Bouches du Rhône, qui défraie régulièrement la chronique.
Cet été, le Président de la République a chargé Christine Lagarde, Ministre de l’Economie, d’écrire une partition sur le thème de l’autorisation du travail dominical pour les « salariés volontaires » (sic) sur l’air connu du « travailler plus pour gagner plus »…
Récemment, une enseigne de distribution spécialisée dans le mobilier et l’électroménager à prix réduit s’est illustrée de façon inhabituelle. A la suite de nombreuses violations de la législation en vigueur, le syndicat FO présent dans cette entreprise (dont vous comprendrez pourquoi nous tairons son nom pour ne pas lui faire de publicité indue), a entamé une procédure judiciaire. Le Tribunal de Grande Instance de Pontoise a donné raison à FO en condamnant les trois succursales du Val d’Oise à verser chacune 50 000 euros d’astreinte par dimanche travaillé.
Non seulement cette entreprise ne veut pas se soumettre à la loi mais, de plus, elle estime qu’elle n’a pas non plus à exécuter les décisions de justice. Pratiques de malandrins, penserez-vous, la suite montre que ce n’est qu’un début !
Ne reculant devant rien, la direction continue d’ouvrir ses magasins le dimanche, sans régler l’amende, et a entamé une grande campagne de dénigrement de l’action de Force Ouvrière. Ainsi, fin septembre, les dirigeants ont organisé une manifestation devant l’Union Départementale de Cergy-Pontoise. Les responsables avaient reçu pour consigne de convoquer leurs salariés, en mettant à leur disposition des véhicules griffés au logo de la marque, le tout en scandant des slogans hostiles à FO accusée de « prendre les salariés en otage ».
Convenons ensemble du caractère pour le moins violent de cet échange de rôles. Chacun jugera des méthodes employées selon ses propres références morales mais si l’honnêteté n’est pas au rendez-vous, la manipulation est pratiquée sans demi-mesure.
Bien évidemment, FO persiste et signe en saisissant le juge de l’exécution civile de Pontoise pour faire exécuter les sanctions prononcées.
Que l’on ne s’y trompe pas, l’enjeu est plus important que l’on ne croit ! Une fois le principe dérogatoire disparu, une fois l’interdiction supprimée, ce sont toutes les entreprises qui pourront décider librement de fonctionner le dimanche et de nous faire travailler. A ce moment là, plus de miroir aux alouettes ! Envolés les majorations de salaire, effacées les incitations pécuniaires.
Il est indigne de faire croire que seul le travail du dimanche est la solution pour améliorer l’ordinaire. Si ces salariés ne peuvent vivre de leur rémunération, c’est que les salaires sont à renégocier ou le travail à temps partiel imposé.
Néanmoins, ce problème a le mérite de nous interroger sur nous-mêmes. Un sondage indiquait récemment des résultats contradictoires. Une majorité des salariés interrogés trouvent normal que les magasins soient ouverts le dimanche mais veulent aussi pouvoir profiter du dimanche pour se reposer. Edifiant, non ?
Arrivés à ce point, et sans vouloir être moralisateurs, il faut bien se poser la question suivante : de quel droit vouloir imposer aux autres salariés ce que l’on refuserait pour soi-même ? Une conclusion logique s’impose : le travail du Dimanche, je n’en veux pas ? je n’y vais pas !
Autre exemple : si votre famille ou votre cercle d’amis sont confrontés à ce drame qu’est le chômage… pourquoi iriez-vous utiliser une caisse automatique dans votre hypermarché ou à la station service ! Conclusion : les caisses automatiques tuent l’emploi, je ne suis pas complice !
Soyons convaincus que chacun de nos gestes quotidiens, chacune de nos habitudes sont parfois lourds de conséquences. Si l’on veut rester cohérent avec ses convictions, on peut aussi consommer responsable !
Olivier CLARHAUT
Secrétaire Général.
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