Le vide grenier social
La préoccupation principale des Français a été, à juste titre, durant de très longues années, le problème du chômage.
Depuis peu, les instituts de sondage indiquent clairement que la question du pouvoir d’achat se place en priorité
dans la longue liste des inquiétudes des ménages français. Mais avait-on besoin de sondages pour s’en rendre compte ?
L’INSEE a beau publier des indices officiels des prix à la consommation, chacun peut constater, dans sa vie quotidienne,
que l’on est loin du compte. Si les prix de certains produits technologiques peuvent baisser, dans les secteurs de
consommation courante, logement, carburants et même alimentation, les prix s’envolent. Ainsi, pour de très nombreux foyers,
les fins de mois deviennent de plus en plus difficiles… surtout les trente derniers jours.
Une fois rappelée cette constatation évidente, nombreux sont les spécialistes à se pencher sur la question.
De brillants économistes, le gouvernement (ou plutôt le Président de la République) et même… le MEDEF sortent de leur
chapeaux des remèdes qui peuvent faire illusion auprès des plus candides.
Les heures supplémentaires « défiscalisées » mises en œuvre par la loi TEPA sont un miroir aux alouettes.
Rappelons deux évidences : d’une part, elles restent à l’initiative de l’employeur et d’autre part, elles n’existent que
lorsque l’activité de l’entreprise le justifie : ce qui réduit considérablement la portée de ce dispositif très complexe
qui ne concernera que peu de salariés, c'est-à-dire ceux d’entre eux qui effectuaient déjà avant des heures supplémentaires !
On notera également que l’on ne cotisera pas pour la retraite sur cette partie de la rémunération !
En outre, que reste-t-il aux retraités pour améliorer leur niveau de vie ?
Nous ne reviendrons pas sur le travail du Dimanche (cf. édito du n°235) qu’il serait, paraît-il, «souhaitable de banaliser».
Une remarque néanmoins : les enfants n’iront plus à l’école le samedi et on fait travailler les adultes le dimanche…
Que devient la vie de famille ?
Et puis, tel le monstre du Loch Ness, dont la tête émerge de temps à autres, la sempiternelle remise en cause des 35 heures
réapparaît insidieusement sous deux formes.
Le MEDEF appelle de ses vœux une adaptation entreprise par entreprise de la durée du travail qui deviendrait flexible.
Exit la durée légale du travail ! Au fait, que deviendront les heures supplémentaires susnommées s’il n’y a plus de durée
légale du travail ? Insistons également sur le danger de ce genre de négociation au niveau de l’entreprise par la tentation
des pressions exercées sur les délégués…
Et puis, cerise sur le gâteau, on nous encourage à revendre nos RTT pour améliorer les fins de mois.
On savait déjà qu’il fallait soit attendre une baisse des prix soit travailler plus pour améliorer notre pouvoir d’achat ;
voilà que l’on nous propose maintenant de faire les vide-grenier !
En effet, on nous propose de puiser dans nos bas de laine : déblocage de la participation ou de l’intéressement
(pour ceux qui en bénéficient) ou dans les comptes épargne-temps (là où ce dispositif existe) …
Et puis surtout, faute d’augmentations de salaires, que nous reste-il ?
Revendre nos jours de RTT (pour ceux qui en ont !), puis nos dimanches, nos jours fériés, peut-être une ou deux semaines
de congés payés, quelques années de retraite, nos vieux vêtements et pourquoi pas, demain, un litre de sang ou un rein ?
C’est ça le social du XXIème siècle ?
Olivier CLARHAUT
Secrétaire Général.
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