La crise... du libre-arbitre ?
Si la fin de l’année 2008 a été marquée par la crise financière majeure que l’on sait, le premier trimestre 2009 se caractérise par un glissement prévisible vers une crise économique et sociale.
A l’heure où ces lignes sont écrites, les salariés (du privé et du public), les chômeurs et les retraités ont exprimé, par deux reprises, non pas leur angoisse face à la crise mais bel et bien une
colère face à un sentiment d’injustice sociale.
Ces 29 janvier et 19 mars ont vu une mobilisation massive et incontestable s’opposer non seulement à une politique économique et sociale ultra-libérale, mais, plus encore, à une conception délétère de notre société.
En résumé : une société où la seule loi qui a les faveurs des puissants serait celle de la jungle. Hélas pas celle de Kipling où, finalement, avec ruse et solidarité, le faible peut espérer survivre.
Non, la vraie jungle : celle où le faible est toujours du mauvais côté de la chaîne alimentaire !
Dans cette période difficile pour de nombreux salariés, où les plans dits de «sauvegarde de l’emploi» succèdent régulièrement aux restructurations diverses, la manière dont est présentée l’information en général prend une importance toute particulière.
Nous ne reviendrons pas sur les collusions entre certains représentants du pouvoir politique et les hautes sphères économico-industrielles et surtout médiatiques. Il est des mélanges des genres qui font peu de cas des valeurs fondamentales de la République mais c’est un débat qui dépasse largement notre contexte syndical.
Par contre, l’auditeur régulier de certaines radios généralistes aura observé, depuis quelque temps, une tendance étrange autant qu’insidieuse.
Plutôt que d’ouvrir les ondes aux experts du domaine concerné, dans un but pédagogique, on interroge le quidam.
Monsieur et Madame Toutlemonde donnent allègrement leur avis, parfois avec bon sens, très souvent avec une profondeur de vue des plus sommaires…
Ainsi, les poncifs les plus éculés, les clichés les plus primaires nous sont martelés jusqu’à devenir une pensée dominante !
Citons, en vrac :
- le Français est assisté,
- le fonctionnaire est privilégié,
- le chômeur est paresseux,
- le congé maternité est trop long,
- sécurité sociale et assurance chômage sont un luxe d’un autre temps : que chacun se prenne en charge,
- le dimanche est fait pour travailler,
- le coût du travail est trop élevé en France,
- les manifestants feraient mieux d’aller travailler plutôt que d’organiser le désordre,
- les syndicalistes sont des preneurs d’otages ringards et obsolètes…
Est-il réellement nécessaire d'affirmer que ces lieux communs nauséabonds sont inacceptables ?
On perçoit bien les dangers d’une telle démagogie : non seulement «Radio Bistro» devient le modèle de pensée (si l’on ose dire !) dominant mais, surtout, ces «faiseurs d’opinion» avancent masqués !
Qui saura reconnaître le militant du parti majoritaire, la nièce du chef de cabinet d’un ministre ou le cousin d’un délégué du MEDEF ?
Dans tous les cas, par le choix même de ces intervenants anonymes, on peut orienter l’opinion d’une manière partiale.
Nous ne verserons pas dans une ridicule théorie du complot et ne parlerons ni de manipulation ni de conditionnement mais sommes-nous prêts à absorber ce «prêt à penser» qui nous est servi jusqu’à la nausée ?
Les occasions de donner à réfléchir ne sont jamais superflues : le libre-arbitre et l’esprit critique ne sont pas solubles dans la crise !
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